À propos

LES ENFANTS DE LA NASSE est un collectif issu du mouvement contre la loi travail et son monde.

L’Etat, lors de ce moment, en a profité pour banaliser ses nouvelles armes répressives : canons à eau, drones, assignations à résidences, interdictions de manifester. Et surtout, la NASSE : elle consiste à encercler des éléments considérés comme dangereux par des cordons de CRS, afin de forcer les individus prisonnier.e.s à accepter d’être fiché.e.s pour s’en extraire.

Dans un premier temps la nasse a permis d’endiguer le mouvement en revenant sur nos libertés de manifestation, de réunion et d’expression ; de réactualiser la vieille rengaine « casseur.euse.s contre gentil.le.s manifestant.e.s » ; de ficher, rafler, surveiller. Mais après la surprise, la peur, le froid, l’ennui, la faim, l’envie d’aller pisser, les gestes commencent à s’affirmer, les solidarités naissent, les amitiés s’étoffent.

Finalement on pourrait presque remercier messieurs Valls, Hollande, Cazeneuve ainsi que les CRS et BACeux zélés, car nous sommes les ENFANTS de leur répression.

La nasse nous a ouvert les yeux sur l’idée du monde auquel elle voudrait nous astreindre: car nassé.e.s, nous le sommes quotidiennement. Les règles, les lois, les obligations, les contrôles sont autant de concrétisations de cette cage journalière. Cet enfermement se nourrit d’injonction à « réussir », à gagner sa vie, à consommer, à voter, à vivre de façon individuelle. Le mode de vie auquel on voudrait nous assigner, et le mode de participation politique qui va avec, constituent bien des nasses. Moins matérielle, mais non moins douloureuse. Et si l’État a inventé la nasse policière, ce n’est que pour mieux encercler ceux et celles qui durant ce printemps avaient décidé de sortir de cet enfermement.

Pourtant  il n’y a rien de plus hasardeux que d’essayer de briser une nasse de l’intérieur. Par contre, elle peut s’ouvrir quand des forces extérieures s’allient à celles nassées pour, ensemble, la préssurer jusqu’à ce qu’elle rompe.

Nous pensons que contribuer à la destruction de la nasse, actuellement, c’est alors créer d’autres espaces, réfléchir à la possibilité d’une vie collective, propager une critique de l’ordre politique, et tenter dès maintenant de vivre en dehors. Non pas pour la fuir, mais bien pour prendre à revers cette nasse dont nous sommes les enfants.

Si nous sommes unis par des pratiques et des volontés communes, nous refusons de nous définir par rapport à des idéologies ou positions arrêtées. Nous avons des références mais bien peu de modèles. Nous pensons que ce sont les spécificités des situations qui décident de nos modes d’actions et de nos positionnements, et non une théorisation préalable. Toutefois, il y a des choses dont nous sommes sûr.e.s et contre lesquelles nous nous battons de manière intransigeante ! Le capitalisme, le patriarcat, le racisme, l’islamophobie, l’homophobie et toutes autres phobies de la différence à la norme.

C’est maintenant qu’il s’agit de préparer le monde pour lequel nous nous battions au printemps dernier. C’est à ces fins que nous nous constituons, réfléchissons et commençons, sans plus à attendre, à continuer le début.

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Nous le savons, et nous le sentons, grâce au mouvement du printemps 2016, des groupes comme le nôtre, embryonnaires, tâtonnants, hésitants mais méchamment déterminés, sont en train de s’agréger dans toute la France.

A très vite, dedans, ou hors de la nasse.